L’organisation actuelle de la psychiatrie ne permet pas de répondre aux urgences

Une tribune de M. Daniel CHATELAIN, bénévole à l’Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (UNAFAM)

Les symptômes des psychoses (schizophrénie, maladie bipolaire, etc.) sont extrêmement variables dans le temps chez une même personne ; leur imprévisibilité peut décourager les meilleures bonnes volontés. On ne sait pas bien détecter les signes annonciateurs des crises et les facteurs déclenchants: fatigue, stress, rupture du traitement de médicaments neuroleptiques, rupture du lien social, prise de cannabis, mimétisme à la suite de faits divers violents rapportés par les médias.

Les symptômes peuvent prendre des proportions impressionnantes ; par exemple les hallucinations auditives (perçues par le malade comme venant de l’extérieur), les « voix » comme disent les malades, peuvent devenir menaçantes et surtout donner des ordres impérieux à la personne auxquelles elle ne peut se soustraire; d’où parfois des conduites agressives, très majoritairement auto-agressives pouvant aller jusqu’au suicide. 

En France, le suicide entre 18 et 34 ans est 20 fois plus fréquent en psychiatrie qu’en population générale. 

10 % des schizophrènes et 15% des bipolaires meurent de suicide. 

Les personnes présentant des troubles psychiatriques sont et restent avant tout des personnes vulnérables.

Aucun malade psychotique n’est à l’abri d’une crise.

Il existe des lieux où sont accueillis les malades psychiatriques en crise, généralement accompagnés de proches ou de professionnels car souvent peu consentants aux soins :

-en nombre de plus en plus réduit, quelques très rares Centres d’Accueil et de Crise et des urgences hospitalières psychiatriques. 

« …la distinction des urgences psychiatriques [des urgences générales] doit être faite à chaque fois que cela est possible. Le personnel du CHU de Reims, dont les urgences psychiatriques ont fermé, ont clairement exprimé leurs regrets » 

(page 62 du rapport sénatorial du 26 juillet 2017 sur les urgences hospitalières)

–le plus souvent les urgences générales dont l’organisation et les locaux sont inadaptés aux comportements des malades en crise.

L’attente est souvent longue avant d’être reçu par un psychiatre ou un infirmier psychiatrique aptes à calmer le malade et à proposer la suite à donner. Le malade en crise en profite parfois pour fuguer avant même d’avoir pu être examiné.

« …il n’est pas rare que l’affluence entraîne un tel débordement que les prises en charge ne sont plus hiérarchisées, …que certains patients échappent à la vue et donc à la vigilance des équipes soignantes – ce qui est particulièrement problématique lorsque sont en cause des pathologies psychiatriques. » (page 91 du rapport cité).

Une hospitalisation n’est pas toujours nécessaire; quelques équipes d’urgentistes savent soigner sans forcément hospitaliser.

Mais il arrive trop souvent que le malade, dont l’état n’est pas jugé comme nécessitant des soins, reparte jusqu’à la prochaine crise. Les familles redoutent ces retours. Plusieurs faits divers très médiatisés nous ont rappelé que « la prochaine crise » a eu parfois dans un passé récent des conséquences dramatiques.

A l’inverse il est arrivé que, devant certains comportements agités, l’hôpital appelle la police et que le malade se retrouve au commissariat !

Jean Canneva, président d’honneur de l’UNAFAM (Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques) écrit dans son livre récent « La tragédie de la psychose, page 93 » : « …l’accueil dans les services d’urgence ordinaires constitue un risque et une maltraitance ».

– les cas les plus difficiles, mais qui ne sont pas rares, sont ceux de malades en crise, chez leurs parents ou dans leur logement, refusant obstinément toute aide, retranchés derrière une porte. Les cas les plus dramatiques sont ceux de malades menaçant de se suicider par exemple en se défenestrant. 

Bien que la loi du 5 juillet 2011 dans son article 8 demande explicitement aux Agences Régionales de Santé (ARS) d’organiser des soins d’urgence aux personnes « en quelque endroit qu’elles se trouvent », cette disposition n’a été jusqu’à maintenant qu’exceptionnellement suivie d’effet. 

La plupart des psychiatres refuse de se déplacer à domicile, encore moins sans l’accord du malade, accord préalable dont certains font un dogme. 

Il est parfois répondu(alors que le malade n’a pas été vu) que le comportement de la personne ne dépasse pas les limites au-delà desquelles des soins sans consentement sont possibles! 

Le SAMU (le 15) accourt pour un infarctus mais est beaucoup plus réticent pour

l’infarctus d’un schizophrène, car il n’a pas le plus souvent de compétences psychiatriques. Le coût pour l’acquérir serait faible comparé à l’enjeu.

Nous affirmons qu’il s’agit là de non-assistance à personne en danger.

Comment résumer autrement le sens de la phrase de Jean Canneva dans le livre cité, page 64:«Beaucoup d’appels à l’aide restent aujourd’hui sans réponse adaptée » ?

Les compagnies d’ambulance refusant d’intervenir lorsqu’il n’y a pas de convention préétablie, ce sont finalement les pompiers, la police ou la gendarmerie qui, parfois au bout d’une longue attente, arrivent –souvent mais pas toujours- à résoudre le problème de transport avec le traumatisme que leur présence entraîne; car ils ne sont pas formés à la psychiatrie même si certains, parmi les plus âgés, ont fini par acquérir un réel savoir-faire sur le terrain. 

Quand les ARS organiseront-elles enfin les indispensables dispositifs de réponse aux urgences  psychiatriques ?

 

Un commentaire sur “L’organisation actuelle de la psychiatrie ne permet pas de répondre aux urgences

  1. En tant qu’accompagnante de mon fils depuis 15 ans j’ai vécu toutes ces situations.
    Je constate que vous évoquez l’appel à un infirmier psychiatrique qui pourrait se déplacer à domicile. J’en ai parlé au psychiatre de mon fils, il m’a répondu que cette fonction n’existait pas. Qu’en est il dans les faits? Comment peut-on mettre en place cette procédure, qui permettrait à la famille d’avoir une analyse professionnelle en complément de l’analyse des aidants confrontés aux crises de la personne malade. Il est difficile pour une maman de voir son fils souffrir sans trouver de solutions. L’hospitalisation à la demande d’un tiers par une maman est un crève coeur quand on connaît l’état des hôpitaux psychiatriques

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