Souffrances psychiques : à qui s’adresser ?

Les souffrances psychiques peuvent nous toucher tous un jour ou l’autre. Il peut s’agir de troubles passagers seulement réactionnels, mais aussi de véritables états pathologiques qui concernent environ une personne sur cinq. Dans les deux cas, la souffrance peut être intense et nécessiter une aide professionnelle, au moins pour évaluer la situation et poser un diagnostic. Il existe en France beaucoup de structures de soins et de spécialistes de la santé mentale et, sur le papier, le système de santé est accessible au plus grand nombre.

Mais tout le monde reconnait deux problèmes pratiques majeurs quand on est confronté à une souffrance psychique, surtout pour la première fois : d’abord on ne sait pas vers qui se tourner, et ensuite beaucoup d’obstacles surgissent quand on pense avoir trouvé le bon interlocuteur, en fait non joignable, non disponible, ou trop cher…

Voyons ce que l’on peut conseiller avec les dispositifs existant.

 Le cas le plus simple est celui d’une souffrance psychique réelle mais qui reste modérée, ne posant pas de problème grave à très court terme. La question n’est pas la nature des troubles qui peuvent être très variés (dépression, stress, angoisses, consommations excessives, etc.) mais plutôt leur impact sur la personne et son entourage, en termes de niveau de souffrance et de comportements à risque. Certes on a toujours envie, une fois que l’idée de consulter est venue, que les choses aillent vite, mais dans beaucoup de cas les consultations peuvent être différées pour être plus efficaces à condition d’avoir une vision sur les échéances. Au moins deux solutions sont possibles alors. La meilleure est celle du médecin généraliste, qui peut procéder à une première évaluation et proposer une prise en charge, lui-même ou avec des correspondants qu’il connait. C’est évidemment plus facile s’il suit déjà la personne depuis longtemps, mais même si ça n’est pas le cas un premier contact est possible et important pour la suite.

Si l’on ne souhaite pas ou ne peut pas s’adresser à un médecin généraliste, l’alternative peut être de contacter directement un « psy », psychiatre ou psychologue, en cabinet ou dans un centre public ou un hôpital. Les rendez-vous sont souvent longs à obtenir et, en dehors du bouche à oreille, le choix et la démarche sont rarement faciles. Théoriquement, une consultation dans les centres médico-psychologiques (CMP) est toujours possible, sur le principe de la sectorisation géographique : à chaque domicile correspond un CMP (identifiable sur les sites web municipaux) qui a l’obligation de recevoir la personne. En pratique, les ressources de ces centres sont très variables et souvent insuffisantes, donc la réponse est difficile à prévoir en termes de délais et de type de prise en charge. A nouveau, le passage par le médecin traitant peut être très bénéfique pour faciliter l’accès.

Le deuxième cas de figure est celui d’une situation plus grave et plus urgente, voire très urgente. Cette appréciation est bien sur subjective, déterminée par l’intensité de la souffrance, de son retentissement (incapacité à travailler ou à mener ses activités habituelles, conséquences négatives pour les autres, etc.), et des risques ressentis, comme des idées noires voire suicidaires, de l’agressivité, ou encore des consommations dangereuses d’alcool ou de drogues. Ces situations s’accompagnent souvent d’un certain déni ou d’une méconnaissance de la gravité du problème, retardant la demande de soins jusqu’à une situation éventuelle de crise. Les délais acceptables pour une réponse peuvent alors varier de quelques heures à quelques jours, selon la gravité du problème. Pour y faire face, les mêmes démarches que celles évoquées précédemment peuvent être tentées, en tout cas celles qui comportent un volet médical : médecin traitant, psychiatre ou centres psychiatriques. Hélas, sauf quand on est déjà en lien avec ces professionnels et qu’ils sont organisés pour répondre aux urgences, cette solution est rarement réaliste, surtout dans les « périodes creuses » comme la nuit, le week-end ou certains congés. En journée, il est cependant toujours utile de les contacter, au moins pour un conseil ou une orientation par téléphone. Dans les CMP, des infirmiers spécialisés peuvent en général évaluer la situation et donner de bons conseils rapidement.

Mais si ces premiers recours ne fonctionnent pas, la voie principale devient celle des urgences des hôpitaux. Même si l’engorgement des urgences est une réalité et pousse à chercher des alternatives quand cela est possible, certaines situations nécessitent une évaluation très rapidement. Et ceci avec des moyens médicaux étoffés car les troubles d’allure psychiques peuvent aussi révéler d’autres problèmes de santé parfois graves. La plupart des services d’urgence disposent d’une équipe psychiatrique en permanence, ou peuvent y avoir recours si nécessaire. Du fait du caractère aigu de certaines pathologies, et aussi des problèmes d’accès aux soins dans les autres structures, près de la moitié des patients reçus aux urgences psychiatriques sont des « primo-consultants », qui n’ont jamais vu de psychiatres auparavant ; c’est donc une étape importante dans le parcours de soins des pathologies psychiques.

Il ne faut donc pas hésiter à se rendre aux urgences quand on se sent dans une situation à risque. Si l’on ne peut pas le faire ou si la décision est difficile à prendre (pour soi ou pour un proche), la solution ultime, notamment quand les structures de soins sont fermées, est l’appel téléphonique d’urgence. Le seul numéro existant à ce jour en France est celui du SAMU, c’est-à-dire le 15. Un appel est notamment justifié en cas de risque immédiat, par exemple de tentative de suicide ou d’agressivité majeure. Les SAMU ne disposent pas en général de spécialistes de santé mentale au sein de leurs équipes, mais ils peuvent en contacter et en tout cas prendre la décision médicale qui s’impose, par exemple une intervention ou bien une orientation vers la structure adaptée.

Comme le signalent souvent les patients, leurs familles et les associations représentants les usagers, l’accès aux soins psychiatriques demeure malgré tout compliqué en France. Des propositions d’amélioration sont exposées cet article de Psy4i.fr : « Comment améliorer l’accès aux soins psychiatriques en France ? ».

Antoine Pelissolo, Mars 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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